2 juillet 2012

Moi, rôliste

Il y eut une époque ou les rôlistes étaient persécutés. De vils fanatiques s'en prenaient à eux et les décrivaient comme des bouilleurs d'enfants. Tout du moins, les rôlistes se plaisaient à le croire. Être un marginal persécuté, c'est bon pour l'image et ça donne des déductions d'impôts.

C'est alors qu'Alias, un rôliste, a décrété quelque chose du genre "ouais, dire qu'on est persécuté c'est bien joli mais le mieux c'est de dire pourquoi c'est bien d'être rôliste, ça fait plus genre mature" (citation non littérale). Et tous les rôlistes ont commencé à écrire un article "Moi, rôliste". Voici donc ma pierre à l'édifice. 

Primo, si vous ne savez pas ce qu'est un rôliste (ce qui est peu probable puisque les lecteurs de postes "moi, rôliste" sont certainement à 99% des rôlsites), je vous invite à visionner la vidéo d'introduction de JDR-TV, qui est probablement la définition la plus agréable et correcte qui soit, avant de lire la suite. C'est fait ? Bon, c'est parti !

Entamons avec une question : que faites-vous comme loisir ?
Nombre de quidam me diront tout net : je regarde la télé. Ne vous méprenez-pas, je regarde pas n'importe quoi; de bons films, d'excellentes séries et je zappe les pubs. 
Bravo. Figurez-vous que votre passe-temps consiste à assimiler passivement des éléments produits par d'autres. Pas mauvais, certainement, mais votre rôle est d'une passivité navrante, votre imagination est au point mort et vos capacités de réflexion ne valent guère mieux.
D'autres diront, je lis, moi, monsieur. Et pas du Bit-Lit. Uniquement des classiques. Molière en la-pléiade. Tout.
On voit que vous êtes quelqu'un de bien. Ceci dit, malgré que vous savez lire, vous devriez rejoindre le bonhomme ci-dessus. C'est toujours passivité et compagnie. Et musique, même topos.

D'autres créent. Ils sont auteurs, compositeurs, dessinateurs, peintres des comédiens bref, les Artistes. Ils sont bel et bien de l'autre côté de l'objet mais malgré la dose de créativité que cela suppose, ils ne forment que l'extrémité d'un vecteur. Ils fournissent le contenu, destiné à être avalé par d'autres.

Certains loisirs cassent sensiblement cette flèche en aller simple. Le jeu vidéo par exemple, propose un contenu dans lequel le joueur fera certains choix. Pas tous, bien entendu, une de ces ridicules vieilleries à base de plateforme n'apportent rien de plus qu'un simple exercice d'habileté. Mais d'autres s'y essaient, demandant un effort de réflexion au joueur. Ceci dit, nous restons dans des bornes excessivement strictes. Des lignes de codes impitoyables. 
Quelques essais d'autres industries du divertissement essaient d'ajouter cette notion de choix : des concepts de cinémas "dont vous êtes le héros" proposent un ou deux votes dans la salle pour choisir la fin. C'est dans l'aire du temps, mais cela reste très en deçà d'une grosse majorité de jeux contemporains.

Les réseaux sociaux apportent pour leur part la notion d’interactivité des utilisateurs. A partir de rien, mais d'interactivité tout de même. Enfin, de rien; un peu de contenus d'utilisateurs et quelques jeux vidéos de moindre qualité. De pas grand chose, dirons nous.

Voici donc venir le Jeu de Rôle. 
Et j'affirme, que le jeu de rôle est très largement supérieur à absolument toutes les formes de divertissement. Il intègre des éléments empaquetés livrés par divers auteurs : ce sont des livres de règles, des éléments de background, des nouvelles, des suppléments de contexte, des livres de campagnes et j'en passe des plus originaux : des planches d'illustration et même parfois des CD de musique d'ambiance officielle.
Le jeu de rôle vous oblige également à créer vous-même. Vous écrivez des Back-grounds, des nouvelles, des campagnes, et pour les plus intrépides des livres entiers. Il vous oblige à intégrer des éléments d'univers, à comprendre des thématiques, à les mettre en relation pour déjouer des intrigues. Ils vous oblige à créer vos propres intrigues pour déjouer celles des autres. 
Le je de rôle est invariablement social. Il ne peut y avoir de jeu de rôle seul. Le rôliste n'existe qu'au sein du groupe. Il doit y trouver sa place, collaborer avec les autres. Se montrer généreux ou tirer la couverture à lui. 
La résultante directe est que les productions n'existent que par aller-retour. Un auteur fera une campagne, livrée au maitre de jeu, qui devra l'adapter, pour la livrer à ses ses joueurs, qui devront réagir, s'adapter et créer eux-même - par leur imagination - un rôleplay qui sera à son tour le moteur des réaction du maître de jeu et des autres joueurs. De nombreux auteurs étant d'une nature attentive, il n'est pas rare que le tout remonte jusqu'à lui sous forme de compte rendu de campagne, contribuant à l'amélioration de contenu d'origine. Combien y a t'il de versions à Donjon et Dragon ? 

Le jeu de rôle est également a l'intersection d'une infinité de disciplines : littérature, histoire, musique, dramaturgie et tout élément pouvant être abordé lors d'une partie. 

Qu'ais-je donc gagné à être rôliste ?
Beaucoup. Intellectuellement, le rôlisme m'a fait mener des recherches, écrire des pages et des pages. Des centaines. Peut être des milliers de pages depuis le début. A chaque projet majeur, mes résultats scolaires ont augmenté environ d'un point (sur six). Lorsqu'un projet vous oblige à taper cent-vingt pages, les trente du redoutable Travail de Maturité semblent ridicules alors qu'une volée entière tremble d'avance.
Socialement, le rôlisme m'a rendu sûr de moi. Une force qui fait certainement défaut à trop d'individus. Maître de jeu qui plus est, j'ai développé une aptitude à organiser un groupe utile tant professionnellement que lors d'activités au sein de la Protection Civile.
Le rôlsime est aussi prétexte à toutes les âneries que j'ai pu vouloir tester. Sous prétexte de jeu de rôle, j'ai utilisé des SIG, réalisé des analyses systémiques, équilibré des matrices longues comme le bras. Bien sur, j'aurais pu le faire avec n'importe quel sujet, mais l'économie de l'Averland est un peu plus intéressante à analyser que celle du Cambodge. Le dimanche soir en tout cas.

Le rôlisme est un loisir. Largement plus évolué que tout ce qui a pu être pratiqué jusqu'à maintenant. Un monde imaginaire dites-vous ? Présentez-moi madame de Merteuil, amenez-moi sur Pandora. Pour ses loisirs, l'être humain se complait dans la fiction. Même les romans historiques sont fiction. 

Les rôlistes ont des arguments à faire valoir. Voici les miens.

MJ


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