9 janvier 2012

A nous deux, Skyrim

Après pas mal d'heures et quelque 850 sauvegardes, j'estime avoir plus ou moins terminé The Elder Scrolls V : Skyrim. Naturellement il y a encore bien des quêtes à faire et des compétences à monter, mais bon, c'est pas non plus nécessaire pour faire un test.

Faisant suite à l'excellent, l'incomparable Oblivion  - lequel aura servi de référence à la totalité des RPGs dès sa sortie - Skyrim nous pousse dans la contrée de Bordeciel - province nordique de l'Empire - un petit paquet d'années après la crise en Tamriel.

Bordeciel. Bordeciel ! Cette région regroupe des villes telles que Blancherive, Fordhiver et je vous en passe. Ils ont kidnappé le toponymiste de Blizzard ou quoi ? On aura droit à tous les noms pourris comme Forgefer. C'est qu'on pourrait en faire quelques-uns ensebles, dès fois qu'un programmeur de DLC passe sur ces pages, ça leur donnerait des idées : Brassebière, Coupebois, Patrouillegarde, Vomitroll, Courtisechanteur, Sautillesurunpiedlutin. C'est fabuleux la qualité que l'on atteint en rien de temps. Bref! D'accord, on est pas tous Tolkien, on est pas tous linguiste, mais trouver des noms stylés ç'est quand même pas la mer à boire. Faites un effort les gars.

Le gameplay est assez similaire au précédent opus. On regrettera la perte des caractéristiques (force, intelligence, chance, etc.) qui ont fait Plop! pour ne jamais revenir. Mais ceci n'est finalement qu'un détail comparé aux exécrables menus. Une navigation entièrement au clavier, ajouté au nombre d'objets ou de sorts effarant qu'on trimballe, va vous donner des crampes à force de les faire défiler. Clairement un Sombrepoint. Au demeurant, les légères améliorations des systèmes de combat apportent un petit quelque chose. On peut regretter que ça reste en deçà d'un Mount & Blade, mais c'est un petit cran au dessus d'Oblivion, tout particulièrement concernant les sorts qui demandent des mains entières pour être lancés - avec la possibilité de faire des sorts nettement plus puissants avec les deux mains. C'est plutôt sympa. On a aussi l'ajout de "mises à mort sanglantes", des petites animations pour le coup final. C'est très en vogue, des jeux comme Battlefield III en ont intégré cette année aussi. Il est très dommage que le résultat ne soit pas aussi dynamique.
Côté graphisme, nous avons affaire à un excellent moteur, tout spécifiquement pour la gestion des particules, permettant des bouffées de neiges sur les microreliefs, mais aussi des effets de brume ou de météo - lesquels sont influençables par des pouvoirs. Hélas, trois fois hélas, les développeurs ont massacré ce moteur par un travail bâclé sur les textures et le nombre de polygones. Ma brute de guerre et les graphismes à fond affichent tout de même des images comme celles ci-jointes. Pour un jeu de dernière génération, ça pique! D'autant plus que Oblivion avait fait beaucoup de bruit à son époque avec des effets sensationnels.

Ainsi la gestion de la lumière par exemple est faiblarde par comparaison. Nous n'avons pas perdu d'acquis, mais pourquoi -Diable!- les sorts dans la main (une boule de feu, ou de l'énergie dorée crépitante) n'illuminent-t’ils pas autour. Mieux : puisqu'il y a des torches et des sorts de lumière, pourquoi n'avons-nous pas affaire - parmi les innombrables grottes - à quelques endroits totalement noirs ? Ce serait un défi intéressant à relever et pas bien compliqué à encoder.

Puisque nous sommes à la question de l'environnement, parlons-en. L'univers est ouvert (avec temps de chargement) et relativement vaste. Moins vaste que mes souvenirs d'Oblivion, mais c'est pas mal. Je regrette par contre les choix d'organisation. Les villes - oui, quand un géographe fait du jeu vidéo, il regarde les villes très attentivement*- sont dramatiquement petites. L'une d'elle possède trois maisons. Je vois bien le Iarl : "Quoi de neuf aujourd'hui ? - Saigneur, un incendie terrible, 33% des bâtiments ont pris feu. - C'est une catastrophe ! Je parie qu'au moins 16.6666% de la population est décédée." La conséquence directe est que les PNJs non méchants sont excessivement rares. Un soulèvement des brigands-nécromanciens balayerait le pays entier en quelques heures. Ça parait anecdotique, mais cela entraine une conséquence désastreuse : les quêtes sont insipides au possible, car toujours sur un unique modèle :

Approcher n'importe quel PNJ "- Bonjour, vous voulez faire du commerce ou entendre comment je suis un pauvre type ? - Allez-y mon brave. - Vous avez l'aire d'un aventurier (Non, je suis directeur de l'académie, mais passons, mon ami.) vous pourriez peut-être aller dans la grotte/château/crypte, pour récupérer mon amulette/épée magique/livre ? - C'est parti." Vous entrez dans l'édifice tortueux, massacrez les vampires qui y pullulent (à force de manger des lapins, ils acquièrent certaines caractéristiques) résolvez une énigme à base de pylônes à tourner - je vous renvoie à 3615 USUL pour un avis valable sur les énigmes - enfin, vous trouvez l'objet. Il est négligemment laissé vers un mur qui vous offre un nouveau mot de dragon et une porte dérobée sert de raccourcis pour retourner en surface. 

Honnêtement, je suis pas certain qu'il soit nécessaire de faire je-sais-pas-combien de centaines de quêtes si c'est de ce niveau. C'est pire encore pour les quêtes "infinies", censées augmenter la durée de vie du jeu. J'en ai trouvé une, je vous le donne en mille :

"- Bonjour, monsieur le bibliothécaire. - Bonjour, vous avez l'aire con. - Je sais, mais je suis votre directeur et son vous n'étiez pas invincible je vous tuerais moi-même. - haha! - haha! - Vous voulez m'aider ? Il faudrait trouver un livre "les vieilles traditions". - Ok je m'en charge." Je vous explique pas comment je trouve le livre, j'aurais l'impression d'être aussi répétitif que les dev's.
"- Voilà votre livre. - Merci, tenez une somme de misère. - de rien, autre chose ? - Oh, oui, si vous pouviez trouver un livre "les vieilles traditions", ce serait bien."

Avouez-le, la photocopieuse est en panne et les moines-copiste sont en grève ?! Ou alors c'est pour donner aux petits enfants Khajiits qui sont pauvres et qui ont pas de bonnes écoles comme chez nous ?

Fort heureusement, la quête principale propose deux trois choses un peu plus intéressantes, qui sont hélas beaucoup trop vites passées. Je crains qu'on ne puisse terminer le jeu en quelques heures si on rush un petit peu en laissant les quêtes annexes de côté. Ces quêtes annexes sont aussi basées sur les différentes institutions : école de magie, armée impériale, guilde des voleurs, etc. On regrettera par contre que ces quêtes soient toujours basées sur le modèle basique. Oblivion offrait - par exemple pour les mages - un grand nombre de quêtes, notamment sociales, on devait donner des cours aux étudiants et ainsi de suite, c'était plus ... inspiré.

Nous arrivons là à ma critique principale : Skyrim n'est en fait qu'un jeu qui aurait pu sortir il y a 10 ans, faisant un fi magistral des acquis entretemps. Des jeux comme Dragon Age ou Mass Effect** nous ont habitués à un tout autre degré de qualité en terme de RPG : les prises de décisions, l'influence de nos actions sur notre vie et celle des autres. Un Role Playing Game ce n'est pas un simple perso à upper et un inventaire, autrement Battlefield III se classerait comme un excellent RPG. Ainsi, je trouve dès plus tristes par exemple, que l'on ne puisse pas botter le cul des "gentils loups-garous", ou encore envoyer valser le gamin qui veut qu'on assassine sa maitresse.

Je terminerai par un petit mot sur la bande-son, qui est tout à fait passable. Les musiques sont sympa - trop insipides, comme dans beaucoup de titre - mais sympa. Les bruitages sont très convaincants et tous les dialogues (beaucoup trop rares, mais c'est une autre histoire), sont doublés en français. Un effort qui mérite d'être relevé.

En guise de conclusion, n'en déplaise à Jeuxvidéo.com, qui l'a sacré "Meilleur RPG de tous les temps"*** et à une communauté de Fanboys, Skyrim est une distraction très chronophage, mais sans une once d'originalité, souffrant de nombreux bugs et d'une conception très éculée. Largement à la traine par rapport à ces ancêtres, il ne peut absolument pas rivaliser avec des productions récentes, et c'est très triste, car j'attendais personnellement beaucoup de cette licence-culte.
MJ



* Ainsi que les cours d'eau. Voir un moulin tourner à l'envers et l'eau remonter une pente m'a fait très mal.
** mouais, les jeux Bioware quoi. On pourrait aussi ajouter certains titres d'Ubisoft Montréal et probablement d'autres.
*** Chose qui a du le rapporter un sacré paquet d'oseille, mais Bethesda étaient pas à ça prêt après s'être payés des spot TV. ****
****Je citerai Alias "« notre produit est médiocre et nous préférons investir pour vous laver le cerveau plutôt que de l’améliorer. »"

4 commentaires:

  1. En même temps, le modèle commercial "lavage de cerveau" semble réussir plutôt bien à nombre d'industries, notamment pharmaceutiques.

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  2. Pas faux.
    Tu penses aux Labortoires Boiron en particulier ?

    MJ

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  3. j'ai pas tout aimé dans skyrim (le système d'atouts) et j'ai aussi eu ma part de bugs (malgré la 1.5) mais de là à dire que ce jeu est en dessous des RPG plus récents ... lol ???

    il a été récompensé jeu de l'année RPG et toute catégorie c'est pas pour rien non plus...et c'était pas sur jv.com ça !

    tu aimes pas l'aspect chronophage ? autrement dis tu veux moins de contenu et baclé en quelques heures ?

    et pour parler des "concurrents" ça se divise en 2 catégories : les jeux cloisonnés (ME et DA de bioware) et les RPG console (hunted demon dorge, amalur etc)

    ce qui me fait rire c'est que tu as commencé ton récit en dénigrant le jeu sur des aspects non bugués (les quetes secondaires par exemple) à cause de leur banalité... ce qui est justement la définition d'une quete secondaire...
    bref en rassemblant tout ces détails, qui relevent en partie de ton appreciation personnelle tu en arrive à la prodigieuse conclusion que skyrim est inférieur à ses concurrents récents, autrement dit "c'est de la merde".
    etant donné qu'aucun de ses concurrent ne font de monde ouvert... il est donc probable que tu prefere les jeux cloisonnée comme dragon age et c'est ton choix.

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  4. C'est surtout qu'on nous fasse passer des vessies pour des lanternes qui m'agace. Qu'on bâcle des licences aussi.

    Cependant, pour éviter qu'on me fasse dire ce que je ne dis pas - ce qui est très discourtois - je n'ai pas dit que l'aspect chronophage me déplaisais. Si tel avait été le cas, j'aurais dit "très chronophage, ET sans une once d'originalité" et non "très chronophage, MAIS sans une once d'originalité"

    Pour les récompenses, c'est pas pour rien, effectivement, c'est surtout pour du fric.

    Pour des quêtes secondaires autre que porte-monstre-trésor, tu peux aller taper dans Zelda (que je n'aime pas spécialement), c'est déjà un sacré cran au dessus.

    Enfin, si jeu ouvert signifie : "on a fait une map, débrouillez vous pour jouer au bac à sable dessus", peut être que ce n'est pas mon style favoris. Cependant, il suffit de jouer à Mount & Blade pour voir que des développeurs peuvent faire d'excellents jeux ouverts avec trois fois rien.
    Quoi qu'il en soit, je ne crois pas que le monde ouvert soit l'argument ultime : c'est un concept vieux comme le monde, il n'y a qu'a jouer aux anciens Elder Scroll ou à GTA. Au contraire, des systèmes d'interaction sociale, de choix et de conséquences sont beaucoup plus rare. Mais possible - outre les Mass Effect et Dragon Age susmentionnés, on trouve d'excellents exemples dans Deus Ex : Human Revolution ou même Amalur.

    MJ

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