27 octobre 2011

Sortons du nucléaire

Je reviens sur un sujet qui fait encore couler de l'encre. J'ai nommé le débat énergétique. Pourquoi ? Ça me titille depuis un moment et je viens de recevoir le journal SuisseEnergie, avec l’interview de Doris Leuthard.

C'est assez amusant en fait, car j'ai toujours l'impression que ce sont les mêmes arguments qui reviennent et quand je vais à l'encontre, j'ai l'impression de tricher tant c'est facile à démonter.

Nous allons donc, tous ensemble regarder les arguments présentés ici et là dans ce communiqué officiel et y ajouter des chiffres, que nous irons chercher à l'office fédéral des statistiques, c'est simple, c'est gratuit, c'est tout public et c'est fiable.

Les énergies renouvelables hors hydrauliques ont apporté en 2010 466 GWh. Je lis dans les objectifs de SuisseEnergie qu'il faut augmenter de 50% la production d'énergie renouvelable. Dois-je sortir ma calculatrice pour comparer 466 divisé par deux et les 25'205 GWh produits en 2010 par nos centrales nucléaires actuelles ? D'accord, allons-y : il faudra 108 et des poussières fois ça.

Pardon ? Ah ! je suis un méchant gaillard, j'ai exclu l'hydraulique des statistiques et leurs 37'450 GWh font une sacrée différence. Où voulez-vous placer ces nouvelles centrales ? On pourrait inonder le Val d'Anniviers par exemple, ça résoudrait les problèmes de lits froids dans les villages. Pas de barrage donc, c'est vrai, les associations de l'environnement ont assez râlé sur le barrage des Trois Gorges . Centrales au fil de l'eau peut-être ? Oui c'est possible, elles représentent 16.040 GWh. Tous les emplacements offrant un bon rendement sont exploités, mais il y a du potentiel, si on applique la règle des 50%, ça nous fait un tiers du nucléaire. Mini-centrales enfin. La aussi, il y a du potentiel, mais vu que c'est déjà compté dans le fil de l'eau, cela ne nous permet pas d'aller plus loin. On va pas s'attarder sur les hydroliennes et centrales marémotrices.

On passe aux réductions de consommation ? Installation de LEDs ? Voilà qui permettrait une réduction de 4/5 de la consommation d'électricité liée à l'éclairage (à condition qu'il n'y aie actuellement aucune LED ou ampoule éco en service). Certainement le plus bel exemple d'économie possible. Le problème c'est que ça concerne un petit secteur parmi tant d'autres. Je n'ai pas trouvé de statistique officielle (hormis que le chiffre que nous n'avons pas a augmenté de 9.6% en quelques années). J'ai fait une estimation à partir d'une moyenne de chiffres de provenances diverses, à prendre avec des pincettes, mais on a pas mieux : 640 GWh pour 2010, soit une économie de 512 GWh. Soit 2% de la production des centrales atomiques. Il y a également un petit problème sous-jacent. Une économie n'est pas une production en fait*.

Autres solutions proposées : ne roulez en première que sur la longueur d'une voiture, passez à la vitesse supérieure à 2500 t/min (dès 1500 pour les moteurs Diesel) et rétrogradez le plus tard possible. Je vous en passe une liste longue comme le bras. Contrairement aux associations prônant tout ceci, vous n'êtes pas débiles, vous savez que votre voiture à essence n'a pas d’impact sur la question du nucléaire. À moins que ? Nous y arrivons tout de suite, promis.

Hein ? Vous voulez que je parle de l'Allemagne, un exemple fantastique ? Le cas n'est pas tout à fait comparable au nôtre : le nucléaire représentait en 2005 15% du total produit (ici aussi l'OFS ne nous aidant pas, les chiffres sont à prendre avec plus de sourcils levés), la solution proposée est donc de décupler la production d'énergie renouvelable (comment ? Mystère ...) et d'augmenter de 50% la part du charbon et de la houille ! Félicitations aux mouvements écologistes. Leur action permettra une accentuation du réchauffement climatique. Clap Clap Clap**. Du coup, mieux vaut conduire écologiquement dès maintenant.

Une question reste donc en suspend : que nous réserve l'avenir ? J'entrevois trois scénarios pour le prochain siècle répondant à ce que nous avons vu ci-dessus.


A) Reliques nucléaires
Incapable de passer aux énergies renouvelables et refusant de donner crédit à l'énergie fossile, mais bloqué par sa décision, le gouvernement refuse la mise hors service des centrales nucléaires actuelles. Les risques augmentent d'année en année jusqu'à un déblocage vers un autre scénario ou la catastrophe.

B) Nouvelle juridiction
Plusieurs années ont permis aux esprits de se calmer, une nouvelle décision politique permet la construction de centrales à fission de nouvelle génération.

C) Dépendance à l'étranger
Incapables de garantir nous-mêmes notre approvisionnement, nous parvenons à convaincre nos voisins de construire des centrales à proximité de la frontière pour nous ravitailler. Ces dernières peuvent être nucléaires ou fossiles suivant les juridictions desdits pays voisins. Notons que c'est actuellement la solution prônée par Doris Leuthard.

D) Scénario fourre-tout où une chose super-cool se produit : les extraterrestres nous exilent vers une planète terraformée, les centrales à antimatières arrivent sur le marché ou encore une variété très rare de Rhododendrons donne des billets de banque qui nous permettent de construire des panneaux photovoltaïques.

J'en ai terminé avec cet exposé, mesdames messieurs. Il est dramatique de voir que nos politiciens se pavanent avec leurs nouveaux discours sur l'énergie en l'absence totale d'arguments viables. Le slogan anti-nucléaire est axiomatique "Les solutions sont là." Je réponds avec une certaine lassitude "les chiffres sont là." Je pourrais même ajouter un sourire en coin "être idéaliste c'est Bien savoir réfléchir c'est Mieux".
MJ


* Vous connaissez l'histoire du type qui trouve dans une librairie un livre de recettes qui dit "avec cet ouvrage 50% du repas est prêt". Il se tourne vers le libraire et dit "mettez-m'en deux". Heureusement que vous ne riez pas, car pour certains de nos élus, on en est là.
** Formidable. Mon système d'applaudissement sarcastique fonctionne encore.

19 octobre 2011

Promotheus : Commando Stellaire




















Il y a deux jours déjà, il m'a été donné de voir Promotheus : Commando Stellaire,* ou, si vous préférez la VO : Hunter Prey. Le titre comme mes goûts indiquent sans équivoque que nous avons affaire à de la Science-Fiction. Si le sujet est assez standard, ce film possède plusieurs spécificités qui lui donnent un charme tout particulier. C'est parti pour un petit tour du propriétaire.

Réalisé par Sandy Collora en 2009, les moyens impliqués sont extrêmement faibles : peu ou pas d'effets spéciaux, un tournage réalisé en 18 jours au Mexique, des acteurs globalement inconnus au bataillon, mais un scénario très riche en rebondissement et une véritable mine d'idées pour du jeu de rôle. 

L'intrigue ? Un vaisseau s'écrase dans une zone désertique avec à son bord un prisonnier alien. Les survivants du crash, des commandos d'élite mettent alors tout en œuvre pour attraper - si possible vivant - cette terrible créature; rapide, rusée et capable de s'adapter en un temps record à toutes les situations. On comprend au fil du temps que cette bestiole est le dernier représentant de sa race, qui représente une menace galactique. S'ensuivent des chassés-croisés pour remporter la victoire avant l'arrivée des renforts. Tout ceci vous paraît simple ? Détrompez-vous, c'est ici que le film prend toute sa dimension; en se riant des codes. 

D'aucuns ont voulu dire qu'il était calqué sur Star Wars. Je suppose que c'est à nouveau le journalisme qui frappe à l'aveugle, car si une antithèse de l'exalogie de Lucas est possible, c'est bien Promotheus : pas de moyens, pas d'effet spéciaux, mais beaucoup d'originalité. On y aborde abondamment des problématiques racistes** là où Star Wars nous sert tout bêtement un melting-pot de trombines diverses.

Promotheus n'est pas un incontournable, loin de là, mais il offre aux inconditionnels du genre une bonne mine d'idées, augure d'excellentes surprises quant aux futurs longs métrages du réalisateur mexicain et nous rappel que le battage médiatique fonctionne sur les foules, mais que nous pouvons être au dessus de ça.

MJ


* Oui, Promotheus, avec un O à ne pas confondre avec Prometheus avec un E, le prochain Alien (qui visiblement sera sacrément dénaturé, mais c'est un autre sujet).

** Au sens Science-fictionnel du terme, conflit de races d'origines différentes.

6 octobre 2011

Les milliards de tapis de cheveux

Le roman qui a sonné le renouveau de la science fiction allemande, des milliards de tapis de cheveux, (Die Haarteppichknüpfer en VO) est signé de Andreas Eschbach et a bénéficié d'un traitement spécial dans ma pile de lecture puisqu'il m'a été imposé par le cours SHS Représentations du Futur de l'EPFL. Voyons donc ce qu'il y a à dire.

L'univers - visiblement conquis par l'Homme - mélange joyeusement des planètes sous-développées (au niveau pratiquement médiéval) et un pouvoir central qui - lui - possède quelques moyens : vaisseaux, blindés, etc. Un culte de l'Empereur-Dieu sévit sur l'Empire, seulement combattu par des révolutionnaires prétendant avoir tué le souverain.

Ma première remarque rejoindra celle des critiques littéraires de tous poils : l'histoire même des tapis de cheveux est on ne peut plus anecdotique. J'ajouterai que la théorie des fils - basiquement - stipule qu'une bonne intrigue devrait avoir un fil secondaire (avec nos héros) et un fil principal (la méta-histoire), le fil secondaire influençant le principal. Il est évident que la mort de l'Empereur va bouleverser les tisseurs de cheveux ! Il aurait fallu un enjeu à ce roman. On aurait pu imaginer, par exemple, que de nombreux mondes - impressionnés par la ferveur de la petite planète de tisseurs - refuse de prêter crédit aux révolutionnaires et que seul la perte de ce macabre commerce aurait pu mettre un terme à l'Ancien Régime.

De nombreux chapitres sombrent carrément dans l'inutile, présentant des personnages - leurs vies, leurs œuvres - dont l'incidence sur le récit sera égale à zéro. Point dommage car ces ventres mous, bien écris au demeurant, ne sauraient apporter une pierre à l'édifice que dans la perspective d'un roman beaucoup plus vaste, ou d'une bonne grande et grosse série.

Je terminerai par une question : qu'est-ce qui a retenu les avocats de Games Workshop ? Car honnêtement j'ai l'impression que Warhammer 40'000 a été déguisé et violé. Un Empereur-Dieu ? Des planètes au niveau technique faible ? Un Empire dont les plus grandes prouesses technologiques consistes à bâtir des croiseurs et des tank ? Un trône d'or ? Je vais m'arrêter sur ce dernier. S'il semble que la base de cet élément soit le trône d'or de Charlemagne, sur lequel il fut placé après sa mort, je ne crois pas que l'idée de vie éternelle puisse être tiré de là. Non, l'idée du Trône d'Or, fabuleuse machine ésotérique maintenant en vie un individu important ne me semble pas avoir la moindre occurrence hors Warhammer 40'000. Bref, ce roman n'est pas mauvais, mais j'ai toujours préféré l'original à la copie.
MJ