22 avril 2011

Tu vas rire : un flyer Greenpeace

C'est ce qu'on m'a dit avant hier en me tendant l'objet, fraichement sorti de la boîte aux lettres. Trois pages et un petit volet rose qui n'a rien d'érotique sur, vous savez quoi ? Le nucléaire. 

Qu'on soit antinucléaire, pas de problème, chacun ses idées pour l'avenir, le but étant qu'il soit radieux. 
Qu'on déforeste quelques hectares pour faire passer ses idées, j'ai plus de peine, mais bon Laredoute fait pareil.
Qu'on profite d'une catastrophe, je trouve cela pas classe, mais d'aucuns dirait qu'à quelque chose malheur est bon.
Non, là où j'ai plus de mal c'est quand on écrit des mensonges pour faire passer ses idées. C'est plus fort que moi, c'est viscéral. Tout le monde à droit à l'erreur, mais là c'est quand même fort. Allons-y :

"Greenpeace est bouleversée par la catastrophe au Japon et exige que les conséquences de ce terrible événement soient immédiatement tirées"
- Une ONG n'a aucun pouvoir pour exiger. Le terme est déplacé. Je sais c'est de la rhétorique, et bien justement autant la faire bien.

 "Les responsables politiques et les exploitants des centrales ne cessent de répéter que la situation en Suisse n'est en rien comparable avec Fukushima. La vérité est que la Suisse a le parc électronucléaire le plus âgé du monde."
- Alors, voyons les âges de nos centrales : Beznau 1969, Mühleberg 1972, Gösgen 1979, Leibstadt 1984. Et bien il se trouve qu'il existe des réacteurs plus anciens actuellement en service par exemple Oldbury 1968 en Angleterre. (Excusez moi de ne pas multiplier les exemples, il y a plus de 400 réacteurs civils je vais pas me renseigner sur tous non plus), je reconnais néanmoins qu'il date pas d'hier.

"La vérité est que la centrale nucléaire de Mühleberg est du même type et du même fabricant que celle de Fukushima"
- Et alors ? Ça prouve que - comme c'est un réacteur à eau bouillante comme beaucoup de réacteurs civils - nous sommes mal en cas de Tsunami ?

"elle est située en contrebas d'un lac de retenue d'un barrage en béton datant de 1920, qui constitue un risque supplémentaire en cas de tremblement de terre."
- Nous touchons ici à de la désinformation pure et simple : la centrale hydro-électrique de Mühleberg a un dénivelé de 20m, personne a dit le contraire, je le sais, mais le mot barrage sous-entend fortement un ouvrage massif type poids ou voute quand nous n'avons ici qu'un charmant petit ouvrage pour lequel je vous joins une image (issue de Google Earth). Par ce que, bon, tôt ou tard il faudra bien la produire cette électricité, par un procédé ou un autre. 

- Et puis surtout, il y a cette jolie question des séismes, tremblez, citoyen helvète ! Je vais faire simple et vous donner une jolie carte faite à l'aide de l'atlas statistique suisse. Vous y voyez les différentes centrales et les séismes grosso modo du millénaire passé, j'attire votre attention sur le fait que ce sont les gros roses pâles qui sont importants (magnitude proche de 7. Pour ceux qui se demandent comment il est possible de quantifier ceux du Bas Moyen Âge, apprenez que c'est un métier à part entière, comprenant de l'archéologie et des études en archives. Eh oui, à toutes les époques les événements sismiques ont été perçus comme assez importants pour que les chroniqueurs en parlent. Finalement, à ceux qui argumentent que les analyses de risque* ne tiennent pas compte des incertitudes, qu'une prévision de 7 peut très facilement être 8 je vous rappelle que l'échelle de Richter est exponentielle. Si nos spécialistes de risque ont des incertitudes de 1000%, il est grand temps de s'inquiéter, j'avoue. Voilà, donc la question sismique/nucléaire Suisse est simplement hors de propos.

"l'énergie éolienne pourrait couvrir 12% des besoins mondiaux en électricité d'ici 2020. La Chine agit déjà et met en œuvre les mesures de l'étude. En 2010, elle a détrôné l'Allemagne en tête des utilisateurs de l'énergie éolienne"
- Aaah ! La Chine. Il se trouve que j'ai passé l'été dernier à lire sur le sujet, heureux hasard non ? Il se trouve aussi que Frank Haugwitz nous apprend que plus de 70% de l'électricité chinoise est produite avec du charbon en 2008, amusant non ? Si le gouvernement dit vouloir "développer vigoureusement les énergies renouvelables",  (J'ai toujours aimé les formulations chinoises) cela ne l'empêche pas d'avoir plus de 20 réacteurs en construction et une cinquantaine d'autres planifiés en codéveloppement avec la France pour les plus puissants (1000 à 1500 MW) et en solo pour celles de moyenne puissance (300 MW), selon François Lafargue.

"Des besoins énergétiques de 2000 watts par habitant et par année doivent être l'objectif à long terme suisse."
- C'est un objectif et par là même arbitraire, on ne peut pas dire grand-chose, mais comme ils le disent "Cela suppose de réduire à deux tiers les besoins actuels". Sachant que les besoins n'ont jamais cessé d'augmenter, viser une stabilisation serait déjà presque une utopie. 

"Construire de nouvelles centrales reviendrait à consacrer des milliards à une technologie dépassée."
- Il faudrait en parler à l'institut de Génie Atomique de l'EPFL, ça les amuserait peut-être. Plus sérieusement, on joue là au jeu du sourd : Greenpeace possède des spécialistes qui savent parfaitement quelles sont les innovations des dernières années (id est la troisième génération) et les prochaines (la quatrième génération) à l'horizon 2030 (non, je ne parlerai pas d'antimatière et de fusion). 

"Les étapes d'une sortie ordonnée du nucléaire" : "... l'Inspection de sécurité du nucléaire procède au réexamen de la sécurité des centrales nucléaires suisses. Par mesure de précaution, ils mettent hors service la centrale de Mühleberg ..."
- Amusant, non seulement les conclusions du réexamen sont imposées à l'avance, mais en plus on fait une sortie ordonnée en mettant hors service une centrale en une saison. Côté alimentation c'est "prince des ténèbres"** ?

Voilà le topo, quelques imprécisions judicieusement placées, une ou deux erreurs plus grossières et de jolis  autogoals. Comme pour beaucoup d'individus ayant des actions politiques, on joue sur la peur pour calmer sa propre phobie. Naturellement, tout n'est pas à jeter, mais je n'aime pas du tout cette optique d'une fin justifiant les moyens.
MJ



* Je ne vous mets pas de carte desdites analyses de risque : celles dont je dispose sont en cm/s^2 et donc inutiles aux non-spécialistes.
** référence geek à Cimcity.

4 commentaires:

  1. Bof, utiliser la peur et le manque de connaissances de la population pour tenter d'imposer ses idées c'est pas si grave. Sans vouloir casser du sucre sur le dos de greenpeace (qui mènent sûrement aussi des actions très honorables et utiles) on appelle ça du terrorisme, non?

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  2. Héhé !

    Oui, si Greenpeace est un peu à côté des questions avec le Nucléaire, ils n'en restent pas moins pratique sur d'autres sujet, pollution atmosphérique en tête.

    Après, terroriste, peut-être pas. La notion de menace n'est pas présente. Je ne qualifierai pas par exemple de terroriste les partis qui jouent sur la peur.

    Après, il est tout à fait vrai que la notion d'écoterrorisme existe. Parmi les deep-écologistes par exemple.

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  3. Oui oui le terme terrorisme était utilisé ici dans un sens un peu éloigné de sa définition pour maximiser l'impact de ma remarque... Ce qui fait que j'agis comme eux en fait ^^

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  4. Bâh! J'avoue que j'ai moi-même du mal à concilier formules emphatiques et précision.^^

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